Time Traveler : le jeu holographique

Il arrive parfois que les grands esprits se rencontrent. Nous sommes dans les années 90 et Rick Dyer (Dragon’s Lair, souvenez-vous !) viens alors de terminer sa toute nouvelle invention : Time traveler.

Alors en quête d’un distributeur, Rick se rapproche de la société japonaise Sega. Il ne pouvait d’ailleurs pas mieux rêver comme partenaire commercial pour son projet. En effet, c’est cette firme qui fut la première à introduire le Laserdisc sur le marché de l’arcade (Astron Belt en 1983).

Time Traveler utilise d’ailleurs ce media, mais sa particularité est toute autre puisque c’est le premier jeu holographique au monde. En utilisant un astucieux système de miroirs concaves reflétant un écran cathodique, la nouvelle invention de Rick Dyer donne l’impression que les personnages sortent de l’écran et propose un effet 3D saisissant, le tout sans lunettes !

Féru de nouvelles technologies et ingénieur de génie, Il aura fallu plusieurs années à Rick pour réaliser un tel exploit. Outre la conception de la borne qu‘il réalisera en collaboration avec Steve Zuloff et Barry Benjamin, le jeu utilise des séquences filmées qui auront demandé pas moins d’une quarantaine d’acteurs et une équipe technique pour mettre en scène chaque interaction. Et si vous pensiez que Mortal Kombat était le premier jeu à proposer des personnages digitalisés, sachez qu’il n’en est rien puisque c’est bien Time Traveler qui a démocratisé le concept (bien que le jeu de baston Pit Fighter d’Atari soit sorti 6 mois plus tôt en arcade, le développement de Time Traveler avait débuté bien avant ce dernier).

Dans la peau du Marshal Graham, vous devrez poursuivre un scientifique maléfique appelé Lord Vulcor. Ce dernier a trouvé un moyen de remonter dans le temps et à complètement détraqué la ligne temporelle. Vous voyagerez donc parmi différentes époques à la recherche de Vulcor, tout en tentant de réparer les dégâts que votre ennemi à commis. A la manière de Dragon’s Lair, le joueur utilise un joystick et doit appuyer sur les touches d’action au bon moment pour faire avancer l’histoire.

En 1991, les pontes de Sega alors familiers avec le marché de l’arcade n‘en croient pas leurs yeux. L’effet est tout simplement saisissant et les acteurs qui s’agitent dans la borne sont presque palpables. La société japonaise s’empresse alors de signer un contrat d’exclusivité avec la toute nouvelle société de Rick (Virtual Image Productions) pour distribuer Time Traveler.

Le résultat ne se fait pas attendre : Dès les premiers jours d’exploitation, le jeu est un véritable succès et les commandes de bornes affluent partout dans le monde. Time Traveler ira jusqu’à rapporter près d’un million de dollars par semaines.

Qui dit produit rentable, dit logiquement séquelle. C’est en tout cas ce que pense Sega qui réalisera en 1992 (soit seulement un an plus tard) un jeu utilisant la même technologie de miroirs. Bien décidée à surfer sur le succès des hologrammes de Time Traveler et du jeu Street Fighter 2 de Capcom (qui connaît alors un engouement dans le monde entier), la firme décide de sortir son propre jeu de versus-fighting : Holosseum.

Bien que visuellement intéressant, Holosseum est un jeu de piètre qualité et est loin d’égaler le hit de Capcom au niveau du gameplay. Cette deuxième tentative passe totalement inaperçue et fait un flop, signant par la même la fin des jeux holographiques.

Rick Dyer pense à cette époque que toutes les bornes d’arcades de ces prochaines années utiliseront les hologrammes. Pourtant, mis a part Holosseum, aucun autre jeu n’utilisera ce système et l’effet de mode passera aussi vite qu’il est arrivé.


Pour les plus curieux, la société Digital Leisure a édité en 2001 un DVD interactif de Time Traveler. Bien que le gameplay soit très mauvais à cause des temps de réponses des lecteurs DVD, le jeu utilise des lunettes 3D anaglyphes afin de rendre, dans une moindre mesure, l’effet 3D de l’époque.


Une manipulation spéciale sur la borne d’arcade de Time Traveler déclenche un « easter egg » original. Il permet de faire apparaître Rick Dyer et son fils en train de danser. Une seconde manipulation permet d’afficher l’équipe ayant réalisée le jeu.


Les prototypes Atari

La société Atari, bien connue pour ses brevets sortants des sentiers battus, s’était également intéressée aux jeux vidéo holographiques 10 ans plus tôt.

Annoncée en 1981 lors du New York Toy Fair (après 3 ans de développement et quelques millions dépensés en recherche), l’Atari Cosmos surprend le public présent lors du salon. Cette petite console « portable » (qui nécessite cependant d’être reliée au secteur) propose de jouer à des jeux dits « holographiques ». Le résultat est malheureusement plutôt médiocre, puisque ce sont les cartouches de jeu qui font office de « décors  3D » mais celles-ci n’influencent en rien le gameplay très sommaire que propose la machine.

Devant les nombreuses critiques suscités par la presse, la firme décide de reléguer le produit au placard et enterre définitivement la console. Seuls quelques exemplaires subsistent aujourd’hui de part le monde dans des collections privés. Les rumeurs parlent de 5 prototypes en circulation (2 pleinement fonctionnels et 3 dont les boitiers sont « vides »).

2 projets de consoles holographiques avaient été développés à l’époque par Atari (seule la Cosmos entra en pré-production). La Spector Holoptic n’a jamais dépassé le stade de prototype.

Cette dernière proposait un système de leds en rotation se réfléchissants dans un cylindre de verre pour donner un effet 3D. Elle permettait à 3 joueurs de s’affronter simultanément.

Malheureusement, seules quelques photos d’époque sont disponibles sur la toile, mais personne n’a jamais réussi à mettre la main sur la machine. Le tragique destin de la Cosmos mis un terme définitif à tous les projets de la firme concernant le jeu vidéo holographique.

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