L’avènement du laserdisc

Nous sommes en 1982 et, à cette époque, l’Atari 2600 a envahis les foyers. Les bornes d’arcade disposent encore de graphismes très sommaires mais rivalisent d’imagination pour attirer toujours plus de public. La société Sega découvre alors un nouveau support révolutionnaire capable d’embarquer des centaines de mega-octets de données : le Laserdisc.

Précurseur du DVD, le laserdisc est un gigantesque CD de la taille d’un disque vinyle 33 tours. Ce dernier était censé remplacer la vieillissante cassette VHS en proposant des images et du son de meilleure qualité. Son second atout était qu’il ne subissait aucune dégradation du média dans le temps. Mais ce qui fera vraiment la différence avec un système à bandes magnétiques classique, c’est l’accès aux chapitres qui se fait de manière quasi-instantanée, à la manière des CD audio. Il n’en faudra pas plus pour que Sega tente l’impensable : réaliser le premier film interactif sur laserdisc !

Astron Belt est donc mis en chantier, récupérant au passage des morceaux des films Star Trek 2 ou encore Battle Beyond the Stars. Pour la première fois au monde (1983), le public pourra interagir directement dans une vidéo !

Dans ce dernier, le joueur dirige un vaisseau spatial qui devra détruire les hordes d’ennemis et éviter les astéroïdes. Le concept en lui-même est très simple : la machine calcule ou se situent les vaisseaux adverses sur un calque invisible correspondant à l’emplacement de ces derniers dans la vidéo. Si le joueur touche la cible, le laserdisc change rapidement de chapitre et montre une vidéo d’explosion. On se rapproche alors très vite du concept de Gunpei Yokoi et de son Wild Gun Man (Nintendo – 1974). Mais malgré l’utilisation d’un mécanisme complexe et d’un astucieux chargement de bandes vidéo, le jeu se limitait à un jeu de tir sur cibles. Cette fois-ci, avec Astron Belt, le joueur dirige un sprite à l’écran et dispose de beaucoup plus d’interaction.

Le laserdisc, ancêtre du DVD

Pourtant, si le succès est au rendez-vous et qu’une suite verra rapidement le jour, ce n’est pas Astron Belt qui marquera les esprits, mais un certain Dragon’s Lair réalisé par un ancien de chez Disney et un ingénieur talentueux : Don Bluth et Rick Dyer.

Même si des documents prouvent qu’Astron Belt est bien le premier jeu réalisé sur laserdisc, ce dernier sera devancé par le dessin animé mettant en scène les aventures du chevalier Dirk. Le jeu propose un gameplay et une identité visuelle très forte pour l’époque qui lui valent une cote de sympathie exceptionnelle auprès des joueurs.

La demande est telle que l’approvisionnement en lecteurs laserdisc deviens difficile à assurer pour Pioneer, alors chargé de sa fabrication. De plus, les moteurs des premières machines tournent à plein régime et tombent souvent en panne.

Un lecteur Laserdisc est prévu pour lire une vidéo classique, mais les jeux interactifs demandent beaucoup plus d’accès disque. Le premier modèle était censé proposer une durée de vie de 650 heures, mais devant le succès de la borne Dragon’s Lair (plus de 1000 commandes en un mois), les dysfonctionnements s’enchaînent.

Le constructeur devra alors réviser sa copie en proposant un second lecteur plus solide qui peux « encaisser » théoriquement jusqu’à 50.000 heures de jeu. Cela n’empêchera  pas cependant l’argent de remplir les caisses de la firme qui voit déjà son avenir tout tracé.

Pioneer croit alors beaucoup à ce support du futur et,  fort de cette expérience dans le domaine de l’arcade, décidera en 1984 de s’octroyer une part du gâteau supplémentaire. Un lecteur laserdisc pour le très populaire ordinateur MSX sera mis en chantier afin de faire entrer les galettes géantes dans les foyers japonais. Malheureusement, les prix prohibitifs d’une telle machine découragent de nombreux acheteurs et seuls 11 titres seront distribués. Astron Belt, le jeu de Sega, fera d’ailleurs parti de la sélection.

Pour les curieux, voici les noms des jeux sur support MSX LD : Astron Belt, Strike Mission, Badlands (par Konami), Starfighters, Umi Yakuba, Inter Stellar, Cosmos Circuit, Esh’s Aurunmilla, Rolling Blaster, Mystery Disc 1: Murder, Anyone, Mystery Disc 2: Many Roads To Murder. A noter qu’un institut aurait également  réalisée 12 LD éducatifs à vocation mathématiques, mais les trouver relève du véritable miracle.

10 années passent et les bornes d‘arcade proposants de la vidéo interactive pullulent sur le marché. Nous sommes en 1993 et les lecteurs Laserdisc continuent leur petit bonhomme de chemin. Malgré l’échec cuisant du lecteur LD pour MSX, Pioneer ne lâche pas l’affaire et décide de s’allier avec deux constructeurs de renom : Sega et NEC. L’objectif est simple : réaliser une machine universelle qui pourrait lire n’importe quel support !

La magnifique console Laseractive de Pionner et ses 2 modules Sega et Nec

Sur le papier, le Laseractive est une véritable bénédiction pour les joueurs. La bécane permet de regarder des films, écouter de la musique (grâce à sa compatibilité avec le format CD) et, cerise sur le gâteau, de jouer a ses jeux favoris ! Le constructeur veut définitivement imposer sa norme et propose ce qui sera l’une des toute premières machines dites « multimédia ».

Pour ce faire, un emplacement est prévu afin d’encastrer le module désiré dans la console, agissant comme un port d’extension. 4 modules verrons le jour : le premier permet de brancher un micro et de s’adonner au karaoké (le laserdisc est à l’époque le format le plus répandu dans le domaine), le second module permet de relier un PC à la machine, et les deux derniers modules ne sont autre que des versions miniatures des consoles Megadrive et PC-Engine.

Ce sont ces 2 derniers modules qui nous intéressent ici puisque leur conception est d’une efficacité redoutable. Le module Sega dispose d’un port cartouche, mais permet grâce à la compatibilité CD du Laseractive de s’adonner également aux jeux Mega-CD. Il en va de même de pour le module NEC qui accepte aussi bien les Hucard que les Super CD-Rom².

Comme si cela ne suffisait pas, deux nouveaux formats sont inventés pour l’occasion : les MEGA-LD (pour les laserdiscs estampillés Sega) et les LD-Rom² (pour les Laserdiscs NEC). Voici donc comment, avec seulement deux petits modules, vous vous retrouvez avec une quantité non négligeable de consoles dans une seule. C’est un peu le concept du « tout-en-un » que nous retrouverons plus tard dans les technologies actuelles…

LD-Rom² se prononce en fait « LD-Rom Rom », Nec ayant décidé de garder ce type d’appellation double issue du lecteur CD de la Pc Engine : le CD-Rom²

Pyramid Patrol de Taito, ou la conversion parfaite de la borne d’arcade pour Laseractive

Pourtant, un problème de taille vient gêner ce superbe projet. La machine pèse 8kg, et la taille des laserdiscs en font un véritable tank. Difficile de caser cela facilement dans les minuscules appartements japonais. Passé ce détail, le prix de la technologie a aussi un coût malheureusement astronomique. Il faudra débourser 89.800 Yens pour le lecteur seul (soit près de 700 euros). A cela, il faut ajouter 39.000 Yens (soit 300 euros) pour chaque module. Seuls les plus fortunés pourrons se payer le luxe d’un tel appareil (et ce sera malheureusement le cas).

Avec une telle capacité de stockage, certains éditeurs comme Taito ou encore Data East pensent qu’ils tiennent la le média des 10 prochaines années et programment quelques titres hors du commun. L’on retrouve sur ce support des jeux comme le célèbre Road Prosecutor (plus connu chez nous sous le nom de Road Avenger), adapté directement de sa version arcade (1985).

C’est aussi l’occasion de montrer au monde que la créativité des développeurs n’était en fait bridée que par les capacités des machines de l‘époque. Dès les premiers jeux, les graphismes et l’animation sont d’une beauté à couper le souffle.

Entièrement calculés sur stations Silicon Graphics puis retranscrites sous forme de films, les séquences qui prennent vie à l’écran déclenchent l’admiration des joueurs du monde entier (le Laseractive ayant également été distribué aux États-Unis).

Pourtant, un autre problème va surgir : tout comme le célèbre Dragon’s Lair, le discours est le même d’un bout à l’autre de la planète : Les jeux sont superbes, mais limités dans leurs interactions. Du coup, à part des jeux de tir sur cibles et du « quick time event », rares sont les jeux proposant un challenge aussi passionnant qu’un Super Mario.

Trop chers, trop massif, trop compliqué… Finalement trop en avance sur son temps, le Laseractive se verra doté d’une ludothèque bien trop faible pour attirer le client potentiel. Certains éditeurs profiterons alors du support pour proposer des logiciels érotiques, afin de rentrer dans leurs frais, car c’est bien connu, le sexe est probablement le meilleur moyen d’attirer une clientèle nombreuse (surtout au Japon).

Malgré des ventes décevantes, Pioneer n’a pas dit son dernier mot et désire plus que tout imposer sa vision du jeu vidéo. L’avenir est dans le laserdisc, mais aussi dans la 3-dimensions ! Ainsi sortent les lunettes « 3-D Goggles », aussi appelés GOL-1, utilisant la même technologie cristaux liquides que celles de la Master System et de la Famicom. Comme si des jeux superbes ne suffisaient pas, le constructeur donne du caviar aux développeurs avec cet accessoire décidément très high-tech.

Les lunettes 3D GOL-1, un look résolument futuriste.

Il existe 11 jeux LD-ROM² spécifiques Nec et 23 jeux Mega-LD pour le module Sega. Certains titres sont même disponibles sous les deux formats à la fois. Contrairement à la Master System, la version 3D est directement intégrée dans le jeu d’origine et se choisie lors de l’écran d’introduction.

Avec de tels atouts, Pioneer a su montrer sa supériorité technologique et, si un autre événement n’était pas survenu, nul ne doute que le destin de cette machine aurait pu être très différent… La raison de ce nouvel échec s’appellera le DVD.

Le dernier jeu Laseractive, 3D Virtual Australia, est aujourd’hui introuvable et ne s’échange pas à moins de 1000€ la bête. Il sortira en 1996, signant par la même, la mort prématurée de la machine.

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